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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 08:33

AUTOBIOGRAPHIE DE L'OURSON MAGNUS




D'où viens-tu ? Moi, je n'ai pas d'attache. Enfin, je n'ai plus d'attache... Avant, j'avais un humain, un humain qui se plaisait à porter mon nom. Moi j'aimais cela, nous étions un. Maintenant, il n'est plus là, il m'a abandonné dans un torrent. Mais je suis bien dans l'eau, je me laisse porter. Il fait beau, les oiseaux chantent, une abeille me bourdonne au nez, je me laisse bercer. Oui, bercer, comme ce fameux jour où l'on m'a offert ce petit garçon, on m'avait enveloppé d'un joli papier, tendrement enrubanné pour lui, mais c'était lui mon cadeau, le premier qui m'a serré dans ses bras. On était heureux ensemble, il me parlait, je l'écoutais... C'était merveilleux! Après, tout s'est enchainé. Il fallait fuir, je ne comprends toujours pas pourquoi. Le petit garçon avait peur, parfois il me pressait trop fort contre lui. Il ne comprenait pas non plus, personne ne nous expliquait, mais nous étions ensemble, c'était le principal. Mais il y a eu cette nuit, cette nuit horrible où mon oreille a été brûlée, une nuit de dures lumières, de cris et de sang. Sa maman, notre maman a disparu ce soir-là dans une gerbe de flammes colorées. Et il a oublié, tout oublié. Sauf moi... Rien n'a plus été pareil après ça! On nous a passé de mains en mains. D'abord chez une dame étouffante qui ne voulait pas de moi, une dame allemande qui lui racontait n'importe quoi : comme quoi il était son fils et patati et patata... Infernal ! Le mari n'était pas mieux, il ne nous regardait jamais et cela rendait mon garçon très malheureux. Mais, un jour la chance a tourné, encore une fois c'est assez flou : le couple avait fait beaucoup de mal et devait fuir. Et voilà que ça recommençait, les courses nocturnes, les chuchotements, la peur. Finalement, l'allemand nous abandonna en disant qu'on le rejoindrait. Quel menteur, on ne l'a jamais rejoint ! L'allemande ne voulait plus de nous et nous a confié à son frère, je ne peux pas dire que j'étais triste de la quitter mais c'était tout de même encore du changement... Cela ne me plaisait guère. La vie chez notre nouveau tuteur était plutôt monotone, je n'en garde que peu de bons souvenirs, sauf les filles de la maison qui étaient absolument charmantes, les manières anglaises sont décidément délicieuses. D'ailleurs, je crois avoir compris que mon garçon en pinçait pour une de leurs amies, Peggy Bell... Enfin, passons. Lorsque mon garçon devint un homme, il décida de partir pour le Mexique, à la poursuite de je ne sais qu'elle chimère! Toujours est-il qu'il y tomba profondément amoureux, situation fort embarrassante puisque la dame était mariée, je n'approuvais guère ! Bref, cela dura un moment, puis nous nous en allâmes, sa chère amie - que je commençais à apprécier : elle avait une façon exquise de jouer avec mes oreilles... - étant décédée dans des circonstances regrettables. Ensuite, il nous ramena en Angleterre où nous retrouvâmes la jolie Peggy, veuve désormais. Les deux petits galoupiaux firent tant et si bien qu'ils m'emmenèrent vivre avec eux leur grand amour ! Mais - je ne sais pas ce qu'il a, un problème mental de type œdipien peut-être, ou... Aucune importance ! - encore une fois la belle Peggy succomba. Nous terminâmes tous deux en tête à tête à l'hôpital, depuis ce jour il boite. Mon dieu ! Un garçon d'une telle force... Par la suite, il était vraiment déprimé - je n'étais pas dans un meilleur état moi-même -, et nous avons passé tellement de temps en solitaire que je commençais à dépérir, mon compagnon étant tout sauf loquace... Et voilà qu'un beau jour, le frère fou arriva - entre nous, il était certainement très dérangé ! Vous les auriez vu regarder les feuilles tomber... Il a tout changé, mon homonyme est littéralement revenu à la vie. Un régal pour les yeux ! Malheureusement, frère Jean est mort hier...


Et voilà, je me retrouve tout seul sur le torrent avec pour compagnie une abeille bourdonnante à qui je confie ma vie, allez savoir si elle comprend !





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Published by Anael - dans Sylvie GERMAIN
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Ce blog est un espace de lecture, d'écriture, de création,
autour des romans ayant obtenu le Prix Goncourt des Lycéens ces dernières années.

Il est l'oeuvre des élèves de différentes classes de l'Académie de Rennes
engagés dans l'étude d'un roman d'aujourd'hui :

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SYLVIE GERMAIN, Magnus
(Prix Goncourt des Lycéens 2005)



LEONORA MIANO, Contours du jour qui vient
(Prix Goncourt des Lycéens 2006)


PHILIPPE CLAUDEL,
Le rapport de Brodeck
(Prix Goncourt des Lycéens 2007)

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