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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 05:18


Alain Devaux





MAGNUS VU PAR ELSE

 

Oui, j'aimais bien mon cousin. Quand je l'ai vu pour les premières fois, il me paraissait mystérieux. Je ne savais pas trop d'où il sortait en fait! Et puis peu à peu, à l'observer, à l'inviter près de mes amies, je l'ai découvert, dévoilé d'une épaisseur, d'une couche, d'un manteau qui le protégeait des paroles sur lesquelles il pouvait se briser. Je suis de trois ans son ainée et quand il était petit, il n'arrivait pas trop à cacher ses émotions. Il avait une espèce de nounours qu'il a toujours gardé avec lui et qu'il serrait quand il avait peur ou froid... C'était surtout par ça qu'on pouvait traduire ses angoisses et ses contentements. Je l'aimais bien parce que quand il a grandi et qu'il a voyagé, Adam a gardé ses sentiments emmêlés comme s'il manquait des connecteurs logiques pour lier ce qui se passe et ce qu'il faut ressentir...! On ne le voyait pas beaucoup ensuite ; entre l'Amérique et Vienne ... J'ai eu du mal à le suivre. Et je ne sais pas si lui même arrivait à se suivre, il était trop perdu dans sa mémoire. Mais « plaie de mémoire n'est pas mortelle ! » Peut-être qu'en fait, sans s'en rendre compte, le monde qui tourne autour de lui est plus cassé qu'Adam...

Il est arrivé le jour où mon père est mort... Adam est venu. Il pensait à lui-même, même beaucoup, mais je ne crois pas qu'il était égoïste pour autant. Oui, je l'appréciais beaucoup et j'ai voulu lui faire comprendre. Ça peut paraître stupide mais je voulais lui offrir un souvenir... Oh, pas une boule avec Londres sous la neige... Un vrai souvenir pour compléter sa liste de souvenirs perdus ; il recherchait ce qu'il avait oublié et perdu ... Il avait perdu Lothar, alors oui, je lui ai offert le masque de mon père. Et puis il a disparu peu à peu comme un clope entre mes doigts.

 

 

 



MAGNUS VU PAR KLAUS

 

 

Je ne sais pas. Je ne sais pas si je l'ai haï ou adoré. Mon père m'en parlait régulièrement étant enfant. Il était là pour me valoriser et il prenait Franz Georg comme exemple d'imbécile. Je crois que je l'aimais bien pour ça. Parce qu'il était pleurnichard, bête et surement méchant et parce que mon père le détestait tellement que le sadisme nous hantait, nous envahissait... Walter avait honte de son fils (adoptif) et comme il y avait une partie de ratée dans son corps il fallait que l'autre partie assure! C'était moi, l'autre partie et évidemment j'ai assuré. Je l'aimais bien parce qu'il faisait toujours n'importe quoi, et que moi, étant plus jeune, je faisais les choses dix fois mieux! J'étais toujours le préféré! Peut-être qu'il me faisait pitié en fait. Il était tellement minable.

Grâce à mon père, je suis l'homme qui est composé de pleins de petits bouts de l'humanité, ce qui fait de moi l'homme parfait : excellente mémoire... Qu'est ce que je l'admire Walter de m'avoir tout appris ! Et cet idiot de demi-frère... Je me souviens quand j'étais bébé et que régulièrement j'allais au zoo avec Walter et Dumm (on le surnommait comme ça) avec ma mère. On les rejoignait là-bas et quand mon père arrivait avec son fils, on les voyait se serrer la main... Sûrement que mon père ne voulait pas rendre Dumm en morceau à Théa ! Oui... Théa, je crois...

En fait je le haïssais. Il avait détruit mon père à petit feu. Il n'était jamais content ni reconnaissant alors que son père faisait tout pour lui ; et qu'est ce qu'il était bête ! C'était la honte de la famille, il fallait absolument s'éloigner ou on allait le regretter ... J'espère qu'il renaitra de ses cendres et qu'il ira vite fait se faire pardonner auprès de Walter pour tout ce qu'il lui a fait enduré.

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Published by Anaelle - dans Sylvie GERMAIN
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Ce blog est un espace de lecture, d'écriture, de création,
autour des romans ayant obtenu le Prix Goncourt des Lycéens ces dernières années.

Il est l'oeuvre des élèves de différentes classes de l'Académie de Rennes
engagés dans l'étude d'un roman d'aujourd'hui :

http://blogs.mollat.com/litterature/files/sylvie-germain.jpg
SYLVIE GERMAIN, Magnus
(Prix Goncourt des Lycéens 2005)



LEONORA MIANO, Contours du jour qui vient
(Prix Goncourt des Lycéens 2006)


PHILIPPE CLAUDEL,
Le rapport de Brodeck
(Prix Goncourt des Lycéens 2007)

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