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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 01:55
MAGNUS VU PAR CLEMENS DUNKELTAL

 

La première fois que je posai  mon regard  sur Franz-Georg, je sus que c’était une erreur. J’avais  déjà un fils, issu d’une aventure amoureuse. J’avais épousé Théa pour sa prestance, sa docilité et son statut social  plutôt que pour un quelconque intérêt amoureux. Mais pour la première fois, je le regrettais. Franz-Georg  avait 5 ans lorsqu’il arriva chez nous. Thea m’avait garanti qu’il avait une mémoire vierge, et qu’il serait facile d’y inscrire nos propres sentiments afin qu’ils deviennent  siens. Mais en contre partie nous ne connaissions rien de sa vie antérieure. Appartenait-il à l’ennemi ? Retrouverait-il un jour la voie de la vérité ? Tant de questions qui resteraient à jamais amputées de leurs  réponses.

 

Franz-Georg grandissant devint tout l’opposé d’un bon aryen, sa maladie « imaginaire » le rendait psychologiquement faible, et il s’enfonçait petit à petit  dans l’inactivité et la paresse  au profit d’un développement  de l’esprit qui était parfaitement inutile à la mission future qui lui était destinée.

 

Bientôt je ne le supportais plus, tout en lui me rappelait mes patients, et le dégoût que je ressentais à leur vue était similaire.  Je savais maintenant avec certitude que Théa s’était trompé, il était pourri de l’intérieur et malgré tous nos efforts jamais il  ne trouverait la pureté  d’un nouveau-né.  Bientôt je me rendis compte combien mon fils, mon vrai fils, me manquait. Les quelques rendez-vous  mensuels que nous nous étions donnés  me semblaient trop  espacés. La comparaison entre Karl et Franz-Georg était inutile, quiconque verrait le premier ne pourrait désirer le second .

 

Mais je ne pouvais pas me débarrasser de l’enfant seul, Théa ne le supporterait pas ; c’est pourquoi en quittant ma famille, je choisis pour la première fois de ma vie l’amour et la fuite plutôt que le combat et le profit.

 




Source image



 

MAGNUS VU PAR TERENCE


 

Magnus .La première fois que je le rencontrai, il me sembla  beaucoup trop jeune  pour Mary . Mais sa maturité d’esprit me fit vite changer d’avis. Il avait  le caractère sombre, le regard froid et fuyant et  il ne semblait heureux nulle part. Mais Mary  avec la douceur, qui lui était propre le transforma, la joie de vivre de cette dernière déteignit sur lui, et bientôt, à de rares occasions, il est vrai, il lui arrivait de se libérer du fardeau qu’il semblait porter : ses yeux marrons se mettaient à briller, ses épaules se détendaient et il se mettait à parler. Il parlait de tout, de rien, mais il le racontait avec tant de précisions qu’il nous semblait l’être, vivre en lui toutes les aventures qu’il nous contait. Sa présence devint vite indispensable, ses commentaires ne manquaient jamais de soulever des discussions passionnantes qui se prolongeaient jusque tard dans la nuit.  Ce fut sans nul doute la période la plus heureuse de notre vie à Mary et moi, nous avions trouvé un être qui par sa complexité d’esprit s’emboîtait parfaitement avec nous.

 

Mais ce miracle  que  Mary avait réussi à accomplir sur un homme, au nom  seul de l’amour, n’était pas éternel. Il commença à se consumer en même temps que Mary par sa maladie. Et lorsque Mary  nous quitta, il redevint l’homme aigri que j’avais rencontré.

 

Il ne mit pas longtemps lui non plus à partir, mais je ne pouvais l’en blâmer, le chagrin est le sentiment humain le plus profond. Et il n’y a rien de pire que la perte, surtout lorsqu’elle est d’amour.

 

Mais je savais que contrairement à moi Magnus allait rebondir. Il irait recommencer sa vie quelque part dans le monde, rencontrerait une autre femme, qui, à la manière de Mary, percevrait en lui toutes les richesses dont il était empli. Et ainsi, enfin il vivrait heureux mais cultivant toujours au fond de lui une part de mystère, car tel  était Magnus.

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Published by Maelle - dans Sylvie GERMAIN
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SYLVIE GERMAIN, Magnus
(Prix Goncourt des Lycéens 2005)



LEONORA MIANO, Contours du jour qui vient
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(Prix Goncourt des Lycéens 2007)

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