Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 01:39
        Source image


 


        Cette nuit, j’ai entendu l’ourson Magnus me parler. Cela m’a étonné, car je ne savais pas qu’il se rappelait les cinq premières années de ma vie.

 

        Il m’a dit que je suis né en Allemagne et que mes parents s’appelaient Lara et Oscar Chlarkopf. Le jour de ma naissance, mes parents m’ont offert mon ours Magnus. Ils m’ont expliqué que c’était pour que je ne sois jamais seul, que Magnus serait toujours là pour moi et pour que je  garde toujours un lien avec mes parents car c’est eux qui me l’ont fait. Il m’a expliqué que ma mère était une femme au foyer et que mon père était un médecin, mais un vrai médecin lui, qui soigne et qui aide ses patients : ce n’était pas un médecin comme Clemens Dunkeltal. Je viens d’un milieu aisé et très conservateur. J’ai eu un grand-frère, Tom, qui avait trois ans de plus que moi. Je ne voyais pas beaucoup mon père, mais quand il était là avec moi on jouait ensemble. Je n’avais pas beaucoup d’amis et mon frère n’en avait qu’un, Georg.  Les trois premières années de ma vie ont été magnifiques puisque ma mère était tout le temps avec moi et Tom, elle était là pour nous. Et puis le soir, mon père nous rejoignait et on passait d’agréables moments tous ensemble, et le week-end on se baladait tous, on faisait des jeux en famille.

 

        Mais à un moment, on nous a appris que la guerre allait arriver et cela a terriblement bouleversé mes parents. On passait encore plus de temps qu’avant en famille, mes parents nous faisaient plus de câlins et nous offraient plus de choses. De plus, ils voulaient être présents et pouvoir profiter des derniers instants et des derniers mois de tranquillité, de calme, car on ne savait pas ce qui allait arriver. La guerre commencée, on se cachait tout le temps, et ça l’ourson Magnus n’a pas su me l’expliquer. Il pense que c’est peut-être parce que Lara et Oscar étaient des gentils, c’est-à-dire qu’ils étaient contre la guerre, donc on pouvait les tuer. Un jour, mon frère est parti chercher Georg, car ses parents étaient juifs. Arrivés devant la porte, il y a eu plusieurs coups de fusils. Après, mes parents ont beaucoup pleuré et ils n’arrêtaient pas de me prendre dans leurs bras.

 

        Puis quelque mois plus tard, lorsque nous n’entendions plus de coups de feu, nous sommes sortis. Tout n’était que ruines, et ma mère me tenait la main, et mon père tenait celle de sa femme. D’un seul coup, elle m’a lâché la main. L’ourson Magnus m’a dit qu’il n’avait pas compris pourquoi cela s’était passé ainsi. Et mes parents ont avancé seuls dans le feu, main dans la main. Je voyais la silhouette fine de ma mère s’en aller et celle de mon père aussi. Ils marchaient tous deux et d’un coup ils sont tombés.

 

 

Hambourg - Opération Gommorrah - 1943

Partager cet article

Repost 0
Published by Célia - dans Sylvie GERMAIN
commenter cet article

commentaires

Accueil

Ce blog est un espace de lecture, d'écriture, de création,
autour des romans ayant obtenu le Prix Goncourt des Lycéens ces dernières années.

Il est l'oeuvre des élèves de différentes classes de l'Académie de Rennes
engagés dans l'étude d'un roman d'aujourd'hui :

http://blogs.mollat.com/litterature/files/sylvie-germain.jpg
SYLVIE GERMAIN, Magnus
(Prix Goncourt des Lycéens 2005)



LEONORA MIANO, Contours du jour qui vient
(Prix Goncourt des Lycéens 2006)


PHILIPPE CLAUDEL,
Le rapport de Brodeck
(Prix Goncourt des Lycéens 2007)

Liens