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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 00:35
 

Magnus erre maintenant de villes en villes. Il est aujourd'hui dans le sud de la France avec pour seule compagnie lui même et sa nouvelle vie sans passé.


Il s'endort ce soir dans une petite baraque qu'il a achetée près de Orange dans le Vaucluse, ici il est assez près du Mont Ventoux pour aller y grimper quand l'envie lui prend d'aller marcher un peu. Il éteint la lampe de chevet et laisse les volets ouverts par cette chaleur estivale. La lune se reflète dans le miroir accroché au mur et la nuit est assez claire pour qu'on puisse distinguer, même dans le noir, la petite chaise accolée au mur, près du lit. Magnus somnole, il se laisse bercer par le chants des cigales et sombre bientôt dans un sommeil profond. Il dort comme lorsqu'il était enfant, encore innocent et ignorant de tout les mensonges dont il avait été la victime. Il rêve de Théa et ses boucles, de Clemens et ses chants , de Lothar et de son masque , de May et de ce fabuleux cadeau qu'est le livre Pedro Pajamo , de Peggy et de sa tignasse rousse, de cette femme qui avait été emporté par les flammes, et enfin de celui qui l'a suivi durant toute sa vie, de celui qui lui a donné son nom , cet ourson qu'il a laissé couler dans le lit du Trinquelin , il rêve de Magnus, sa seule vraie famille qu'il a volontairement abandonnée près de Bazoches pour tenter de repartir de zéro.


Magnus est soudain assis sur cette chaise posté près de son, lit. Il parle d'une voix douce et calme, comme un conteur raconte une histoire. Il parle tout d'abord de cette vieille batisse en Islande tout près de Reykjavik ou un nouveau né vient de naitre, il s'appelle loa. Sa mère est contente et se porte bien. En cadeau de naissance la grand mère du petit lui a fabriqué un joli ourson de taille moyenne au pelage marron clair. Ses oreilles ont été confectionnées dans un morceau de cuir souple brun rougeâtre dans lequel on a découpé deux larges rondelles. Les extrémités de chacune des pattes sont taillées dans le même morceau à l'aspect lisse et luisant. Son museau est constitué de brins de laine noirs cousus serré, en forme de boule. Ses yeux sont singuliers et ont la forme et le doré des renoncules ce qui lui donne un regard doux et éberlué. Durant sa croissance l'ours ne le quitte pas. Il est là pour les premiers pas de l'enfant et aussi les premiers mots. Le premier mot qu'il prononce est « Magnus ». La mère de Loa décide alors d'appeler l'ourson comme ceci et coud alors ce mot sur un carré de coton. Elle distingue chaque lettre d'une couleur différente: le M en grenat , le A en rose, le G en violet, le N en orange, le U en bleu nuit et le S en jaune safran. Il n'a qu'un mais contemple déjà tout ce qui l'entoure. Il court sur la plage de Reykjavik, Il aime sa « terre de glace ».


Alors qu'il est maintenant âgé de deux ans, sa famille décide de déménager en Allemagne. Il change de paysages et tout ça le bouleverse beaucoup. Loa , sa mère et sa grand mère ont quitté leur grande maison islandaise pour rejoindre Hambourg où ils habitent maintenant dans une cave d'un grand immeuble délabré. Sa mère travaille dans les usines d'armements pour subvenir aux besoins du petit garçon. Tous les soirs elle rentre épuisée et affaiblie. Durant la journée, il reste assis près de sa grand mère et enlace son petit ourson. Sa grand mère ne veut pas sortir, cette grande ville inconnue lui fait peur, elle qui a toute sa vie connu le port de Reykjavik. Alors elle reste assise sur son fauteuil à bascule. Elle s'endort souvent, alors Loa regarde dehors et observe les rues pleine de monde. Il aimerait pouvoir sortir et se mêler aux gens dans le marché. Souvent lorsque les fenêtres de la cave sont ouvertes il entend crier. Le plus souvent c'est le nom Hitler qui revient.


Un an plus tard , ce nom est toujours crié dans les rues et les tensions se font sentir même si Loa , lui, ne les comprend pas. La nourriture n'est pas tous les jours au rendez vous.


Le soir pour endormir son enfant, la mère de Loa, lui raconte l'histoire de son mari, un marin et qui un jour a disparu en mer. Elle lui raconte qu'il était très grand, très fort mais qu'il avait cet air rêveur qui lui donnait un air attendrissant. Alors qu'il partait pour une semaine de pêche, elle apprit qu'elle était enceinte. Quelque jours plus tard on apprit que le bateau avait sombré lors d'une tempête. Lorsqu'elle raconte cette histoire, elle ne peut s'empêcher de verser une larmes. Ils s'endorment alors l'un contre l'autre, Loa avec son ourson dans les bras.


Alors qu'il gagne encore un an, la grand mère de Loa tombe très malade, il a alors 4 ans. Elle souffre de fortes fièvres et décède quelques semaines plus tard. Sa mère n'a d'autre choix que de l'emmener avec lui à l'usine. C'est là qu'il découvre enfin Hambourg. Alors qu'il est assis près de sa mère a l'usine, il entend les autres travailleuses utilisé les mots « guerre, bombardement, attaques imminentes. » et toutes ces femmes ont dans leurs yeux de la peur.


Quatre mois plus tard, les soldats sortent dans les rues et conseillent aux gens de rester chez eux. La mère de Loa décide d'abandonner le travaille a l'usine pour s'occuper dé son fils. L'enfant devine malgré son jeune âge la frayeur sur le visage de sa mère et sert lui même son ourson dans ses bras pour se rassurer.


Un soir un bruit sourd retentit. Loa et sa mère se réveillent en sursaut. Une autre bombe éclate. La mère entraîne l'enfant au dehors. Elle est effrayée et Veux aller se cacher a l'usine. Alors qu'ils sont dehors un immeuble s'effondre nom loin de là. Us courent, ils pleurent et arrive enfin a l'usine. L'enfant se cache dans un coin recroqueville sous une table. La mère voit une amie de travaille et court la retrouver. Une bombe à l'entrée de l'entrepot. Loa regarde, traumatisé, les larmes aux yeux sa mère devenir une flamme. Il s'évanouit sous le choc.


Quelque jours plus tard il se réveille sur un lit avec pour seul compagnie son ours Magnus et une femme au sourire peint en rouge.


Le vieil homme se réveille haletant, regarde autour de lui. C'est le matin. La chaise près de son lit est vide et la lumière du jour filtre maintenant a travers les fenêtres. Il a des sueurs froides. Le vieil homme au passé manquant connaît enfin toute la vérité.

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Published by Camille - dans Sylvie GERMAIN
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Ce blog est un espace de lecture, d'écriture, de création,
autour des romans ayant obtenu le Prix Goncourt des Lycéens ces dernières années.

Il est l'oeuvre des élèves de différentes classes de l'Académie de Rennes
engagés dans l'étude d'un roman d'aujourd'hui :

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SYLVIE GERMAIN, Magnus
(Prix Goncourt des Lycéens 2005)



LEONORA MIANO, Contours du jour qui vient
(Prix Goncourt des Lycéens 2006)


PHILIPPE CLAUDEL,
Le rapport de Brodeck
(Prix Goncourt des Lycéens 2007)

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