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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 08:06

- L’ourson Magnus raconte sa vie -

 

 

 

            « - Je suis né le 24 septembre 1920 dans une humble boutique de Reykjavík  en Islande. Mon créateur s’appelait Norman Burrows. Il a quitté son Amérique natale pour fuir le quotidien oppressant qu’il y menait. Un jour, une jeune femme m’acheta. Elle ne semblait pas être déjà maman, cependant elle eut un faible pour moi. Pendant un temps, elle me considéra comme son « confident » ; elle me racontait tous ses secrets, entre autre qu’elle tombait amoureuse d’un jeune boulanger, qu’elle épousa par la suite. Puis vint l’arrivée de la petite Clara, sa fille, en 1928. Dès lors, ce fut à son tour de me serrer dans ses bras et de retenir ses larmes de craintes et de chagrins dans mon pelage roux. Mais la fillette se lassa vite de  mon réconfort. A 11 ans, elle me céda donc à son petit frère, pour le plus grand bonheur de ce dernier, qui ne me quittait plus. Partout où il allait, il m’emmenait, je le suivais partout. Il prenait vraiment beaucoup soin de moi, n’acceptait jamais que quelqu’un d’autre joue avec moi. Je me rappelle même qu’il n’arrivait pas à prononcer correctement mon nom : « Manus » disait-il. Une légère dyslexie mais qui s’arrangea avec le temps. Lorsqu’il allait à l’école, j’explorait son univers. Allongé dans son lit, je guettais, j’observais. Il me vint à l’idée un jour de marcher. Oui, marcher. J’allais et venais dans les pièces de cette modeste maison. Des chambres à la cuisine, du jardin au salon … J’adorais cela. Un jour, Eldjárn, du haut de ses trois ans et demi - et il y tenait - me serra très fort dans ses bras et me dit « Manus, z’ai pas envie de déménazer, moi ! ». Il est vrai que je ne voulais pas partir non plus.


           L’ « après-bombardement » m’a réellement traumatisé. Etrange, pour une peluche pensez-vous. C’était pourtant le cas. Une frayeur constante régnait, tout au long de mon existence future à travers celle d’Eldjárn. Je ressentais ce qu’il ressentait. Ce fut comme cela tout au long de nos vies … Jusqu’à ce qu’il décide un jour de me délaisser près d’un lac. Mais je le comprends. Je ne lui en veux pas. J’étais, il me semble, le fardeau de son passé, et, dit-on, il ne faut pas vivre dans le passé mais avancer, encore et toujours sans se retourner. J’étais un outil qui lui servait à se raccrocher à son enfance, afin de tenter de se rappeler. Je suis content que ça ait marché. »

 

                   

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Published by Margaux - dans Sylvie GERMAIN
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Ce blog est un espace de lecture, d'écriture, de création,
autour des romans ayant obtenu le Prix Goncourt des Lycéens ces dernières années.

Il est l'oeuvre des élèves de différentes classes de l'Académie de Rennes
engagés dans l'étude d'un roman d'aujourd'hui :

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SYLVIE GERMAIN, Magnus
(Prix Goncourt des Lycéens 2005)



LEONORA MIANO, Contours du jour qui vient
(Prix Goncourt des Lycéens 2006)


PHILIPPE CLAUDEL,
Le rapport de Brodeck
(Prix Goncourt des Lycéens 2007)

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