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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 15:30


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Il était confortablement allongé dans son lit, l’œil rivé sur son livre. Après plusieurs heures de lecture intensive, ses paupières s'alourdirent, sa vue se troubla, Magnus s’endormit. Son esprit s’enfuit, s’en alla, s’égara et ce qui allait se passer, Magnus s’en doutait. Une fois de plus, son esprit s’obstinait à vouloir le savoir. Savoir quoi ? Ce qu’il avait été là où dans sa mémoire tout n’était que cendres et souvenirs brisés. Où avait-il vécu ? Pourquoi n’avait-il aucun souvenir réel de ces cinq années qui restaient pour lui aussi sombres qu’une nuit d’hiver ? Son esprit y revint mais ce soir là tout ne se passa pas comme les autre fois. Dans l’escapade de son subconscient, Magnus fit une rencontre étrange, il rencontra Magnus : pas le Magnus qui rêvait mais le Magnus qui avait servi de compagnon durant des années à ce rêveur.

Au début, l’homme et la peluche s’observèrent longuement, Magnus resta bouche-bée quand il vit sa peluche clignant des yeux, remuant la tête et les bras mais c’est l’expression du visage de la peluche qui le marqua le plus. Celle-ci n’avait pas l’air heureux que Magnus connaissait depuis longtemps mais au contraire un air anxieux et mystérieux marqué par des sourcils froncés et des yeux plissés. La peluche s’approcha enfin, tournant autour de Magnus comme si ce dernier était sa proie.

Puis elle s’arrêta sèchement, et engagea la conversation entre ces deux inconnus qui se connaissaient si bien. Elle demanda d’abord s’il la reconnaissait et la réponse ne put être que positive, ensuite Magnus enchaîna, posant à son tour une question qui le taraudait depuis des semaines, des mois, des années : «  Qui suis-je ? ». Devant cette question, l’ourson eut un sourire plein de malice. Lui qui connaissait si bien Magnus, sûrement mieux que ce dernier lui-même.

Il commença donc à lui raconter l’histoire d’un petit bout d’homme qui naquit à Akureyri, ville du nord de l’Islande. Celle qui l’a mis au monde, se nommait Joanna Cörg et elle avait 32 ans lors de la naissance de Magnus. Son père, Mattias Gefjun était un brave homme, luttant chaque jour pour ramener de quoi manger à ce qui subsistait comme la seule flamme de sa vie, son fils Magnus.

Mattias s’était d’ailleurs ruiné pour offrir à Magnus un objet auquel il pourrait s’attacher et qui serait son gardien.

L’ourson arrêta quelques secondes son monologue et Magnus restait planté, frappé de plein fouet par un rejet d’informations qu’il avait plus ou moins cherchées toute sa vie. Ces informations n’étaient pas venues de la manière qu’aurait souhaitée Magnus, c’était bien trop brutal. Quelques phrases à peine pour tant de choses …

Sans laisser un moment de plus à Magnus pour se remettre de ses émotions, Magnus l’ourson continua. Il était le gardien d’un homme au passé effacé et il se devait de lui dévoiler la vérité. Il lui révéla que son vrai prénom était Leifur. Leifur Gefjun. Leifur qui veut dire heureux en islandais était un prénom tout choisi pour l’ex-Magnus. En effet Leifur était très heureux dans sa tendre enfance, le peu de temps libre avec ses parents était agréable, leur relation était fusionnelle. Mais tout changea lorsque Mattias obtint une mutation. Cette mutation ne laissait pas le choix à Mattias, c’était la porte ou Brême, au nord de l’Allemagne. Il fut contraint de partir avec Leifur, alors âgé de 3ans.

Les nouvelles s’enchainaient et Leifur ne bougeait toujours pas, comme pétrifié par ce reflux de mémoire qui lui glaçait le cerveau. Néanmoins, il arrivait à se souvenir d’un avion qui décollait dans le froid sur une piste très longue.

Magnus poursuivit, il savait ce que venait de voir Leifur dans sa tête. Il lui révéla que cette piste était en effet celle de Akureyri et que cet avion était en effet celui qui menait à Brême et qu’en effet il faisait très froid ce matin là. Leifur voulait faire taire cette peluche mais ses lèvres ne se décollaient pas, sa langue battait dans le vide. Leifur savait que Magnus allait lui dire quelque chose d’important et qu’il ne voulait pas entendre mais il ne savait pas quoi. Ainsi, l’ourson continua lui racontant que cet avion qui avait décollé sur la piste d’Akureyri par cette matinée glacée n’avait jamais vu la piste de Brême. Le vol 564 s’était abîmé en Mer du Nord à quelques kilomètres à peine des côtes allemandes. On comptait 96 morts et pas plus de 22 survivants. Parmi les survivants il y avait Leifur. Il y avait aussi Joanna. Mais Mattias n’avait pas survécu à ses graves blessures. Cette tragédie brisa le cœur de Leifur que Magnus avait vu, peu à peu, se renfermer sur lui-même. Joanna et son fils allèrent tout de même à Brême pour construire une vie nouvelle. Joanna enchaînait les petits boulots et Magnus pensait encore voir son père revenir d’un jour à l’autre.

Pour ses 4 ans, Leifur était seul chez une amie de sa mère. Cette dernière travaillait durement pour le nourrir et n’avait pu se libérer pour fêter l’anniversaire de son seul morceau de famille. Elle était arrivée tard le soir avec une pâtisserie et elle lui annoncé qu’elle devait le présenter à quelqu’un. Tout de suite Leifur avait espéré revoir son père mais cette pensée s’envola vite quand il vit arriver un grand homme ténébreux aux yeux et aux cheveux noirs qui ne lui inspirait rien d’autre que de la peur. Leifur s’était encore plus isolé du reste du monde et n’intéressait plus à rien. Le nouveau déménagement qui allait suivre n’allait pas arranger la situation du pauvre enfant. En effet, Joanna avait décidé de suivre son nouvel ami à Hambourg pour s’installer chez lui. Le 23 septembre 1942 ils s’installèrent ensemble dans cette ville et enfin elle pouvait consacrer du temps à son enfant qu’elle avait longtemps laissé à part mais celui-ci rejetait sa propre mère.

Leifur était effaré devant de telles révélations et s’en voulait énormément d’avoir fait du mal à sa propre mère. Son cœur balançait entre regret et colère puis il tomba par terre, sans force, vidé de toute pensée, de tout sentiment.

La peluche ne s’arrêta pas pour autant et révéla que de longs mois avaient passé, autant pour Leifur que pour sa mère. Et cette situation de tension et de rejet dura jusqu’à une date précise : le 25 juillet 1943.

 

Ce jour là, c’était le début le début de l’opération Gomorrhe sur Hambourg. Joanna et son compagnon voyant durant cette journée des dizaines de bombes tombant du ciel avaient pris peur mais Joanna voulait rester là, de peur de tout perdre encore une fois. L’ourson en peluche dit aussi à Leifur que durant tout ce temps l’enfant n’avait cessé de lui faire part de ses états d’esprits mais même quand Leifur ne parlait pas, Magnus comprenait tout. Les jours suivants, Leifur restait au lit, serré contre sa peluche, son gardien. Le 3 août, date des cinq ans de Leifur, les bombardements redoublaient d’intensité et arrivé à la tombée du jour, alors que la plupart des voisins étaient partis ou déjà morts, une bombe s’abattit dans le jardin, puis une autre devant la maison puis une dernière traverse le salon et la cuisine, où elle explosa violement. Rien à voir avec tout ce que Leifur avait vu dans sa jeune vie. Il fut projeté par le souffle contre le mur. Par chance il était éloigné du cœur de l’explosion et il était déjà dans son lit contre la paroi. Il sentit une douleur atroce dans sa mâchoire et dans sa cheville droite. Mais le pire était le bourdonnement qui ne s’arrêtait plus dans ses oreilles, cela le brulait et il se tordait de douleur tellement celle-ci était intense. Leifur rampa jusqu’au salon, ce qui lui prit une quinzaine de minutes et là il s’était figé devant le corps inanimé du grand ténébreux mais surtout devant celui de sa mère. Elle avait un éclat de bombe gros comme un plat enfoncé dans la poitrine. Leifur n’en pouvait plus de voir cela et réussit à sortir de la maison par la porte où plutôt par l’endroit ou il y avait eu une porte autrefois. Leifur s’évanouit quelques dizaines de mètres plus loin, et se réveilla découvrant le visage d’une femme et ne souvenant absolument pas de ce qui venait de se passer. Le reste de l’histoire, Magnus dit à Leifur qu’il la connaissait mieux que lui.

Magnus le rêveur se réveilla, ne sachant pas s’il avait vraiment eu des souvenirs ou si ce rêve était un pur fruit de son imagination.

Il ne savait toujours pas qui il était.

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Published by Maxime - dans Sylvie GERMAIN
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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 04:00
 

J’ai choisi de dessiner une couverture pour le roman Magnus. Cette couverture représente un homme, son visage est dans l’ombre. Il tient à la main un masque d’ourson. Le fond est noir.


L’homme représente Magnus, le héros. On ne peut pas distinguer son visage car il n’a pas réellement d’identité. Tout au long du récit, il est à la recherche de cette dernière. Il retrouve finalement son prénom, inconsciemment. Ici, un bout de son visage est éclairé, ce qui veut suggérer qu’il connaît une part de lui même (comme par exemple la scène de son enfance à Hambourg, ou son prénom). Le reste est dans la pénombre, ce qui fait penser au trou noir avant ses 5ans, l’obscurité dans laquelle se trouve son esprit. Le fait qu’il ne soit pas totalement dans le noir donne l’impression qu’il pourra un jour s’éclairer entièrement, retrouver la mémoire et mettre au clair ses pensées.


Le masque d’ourson est semblable à l’ourson Magnus décrit dans le livre. Dans le roman, le héros s’identifie à cet ourson  il va même jusqu’à prendre son nom. C’est le seul élément auquel il peut se raccrocher, le seul souvenir qu’il a de son enfance. Le masque représente bien le fait de se cacher derrière une fausse identité, et de ne pas connaître l’identité de celui qui le porte. Ici, on peut voir le dessin de deux manières : soit l’homme s’apprête à mettre le masque, soit il vient de l’enlever. Soit il se résigne à s’appeler Magnus sans en savoir plus de sa vie passée, soit il décide de recommencer à zéro et de ne plus se torturer l’esprit avec tout cela.


Le fond noir représente l’arrière plan de sa vie, très sombre : mensonges, pertes d’êtres aimés, incompréhension…


Sa cravate est rouge, elle donne une touche de vitalité à l’image, comme May ou Peggy donnent de la joie au personnage dans certains fragments de sa vie. 

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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 02:22


 

J'ai choisi comme couverture pour le roman Magnus de représenter un livre déchiré car cela renvoie à la façon dont ce récit est écrit. En effet ce récit est écrit sous forme de fragments cette image est donc évocatrice. De plus le livre déchiré montre l'aspect brisé de la vie du personnage principal de cette histoire victime d'amnésie comme si l'on avait perdu des pages de son histoire. Enfin j'ai représenté sur la couverture du livre déchiré un visage inconnu car le personnage principal ne sais pas exactement qui il est, son identité véritable est perdue dans sa mémoire. Je pense donc que cette couverture correspond bien au roman Magnus.

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Published by Christophe - dans Sylvie GERMAIN
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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 00:15
 

Sylvie Germain,écrivain français, nous livre au cours de cette entrevue ses impressions concernant son dernier roman Magnus.

 

 

Sylvie Germain,tout d'abord bonjour,vous venez de sortir votre roman intitulée Magnus,c'est un de vos nombreux livres car,en effet, vous avez après environ vingt années de carrière, publié, grosso modo, vingt-six livres . Malgré cela vous restez légèrement méconnue du grand public .Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs?

     

Je suis née en 1954 à Châteauroux, dans l'Indre, j’ai fait des études de philosophie durant les années soixante-dix, j’ai eu la chance et le privilège, entre autres, d’avoir comme professeur Emmanuel Levinas qui
est un philosophe qui m'a beaucoup influencé dans ma manière d'écrire.

 

Il va sans dire que vous êtes sûrement une inconditionnée de lecture, c'est pourquoi je vous demande quelle est l'oeuvre qui vous a marquée?

 

En effet je m'adonne à l'écriture mais également à la lecture .Un roman que j'ai particulièrement affectionné...celui de Jean-Jacques Greiff qui s'intitule Le ring de la mort.

 

Pourquoi?

 

Parce que le thème de la guerre et des camps de concentration est très présent et, en effet, c'est un sujet qui m'inspire aussi dans mes propres livres et qui me touche.

 

  

Par ailleurs,dans ce roman, vous laissez au lecteur le choix d'imaginer la fin de la vie du personnage principal : est-ce pour vous important de réaliser ce genre,ce style de fin?

 

Cette démarche me semble intéressante .Le fait que je ne divulgue pas la fin de la vie de Magnus me satisfait pleinement, cela empêche peut-être le récit de se refermer trop rapidement après le point final.


 

 

 

Cependant ,dans le livre vous divulguez aux lecteurs certains points notamment que le premier prénom du personnage comporté un «L» : pourquoi?

 

Toujours dans l'optique de permettre aux lecteurs de penser, d'imaginer, d'inventer,
 de se faire sa propre idée des choses. Vous avez pris l'exemple du prénom et
pour cet exemple le lecteur pourra, par exemple, se dire que le «L» se trouve avant
le M de Magnus : vous savez on peut faire réfléchir les gens en ne leur disant rien
mais on peut les mettre sur la piste en leur donnant quelques indices.


S'il fallait que vous désigniez votre meilleur livre, lequel serait-il ? Et pourquoi?

 

Quelle question difficile ! Il n'y a pas vraiment un de mes livres que je préfère mais peut-être que je pencherais sur justement mon dernier roman Magnus, car il réunit plusieurs thèmes qui me sont chers tels que l'oubli, la quête d'identité...

 

Pour terminer pouvez-vous nous dire si vous avez pour l'instant une idée de prochains romans?

 

Une idée : oui mais vague quelque chose qui reposerait sur l'histoire d'une famille ...


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Published by Jérôme - dans Sylvie GERMAIN
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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 02:00

       


          Ma vie n’est pas comme les autres, je l’ai bien compris ! Tout d’abord je me présente, je suis Magnus, un ours en peluche venu d’Allemagne. À l’époque il y avait écrit Berlin sur mon étiquette mais je l’ai perdue à Hambourg lors de cette destruction massive qui, j’en avais l’impression, n’en voulait qu’à moi. Je tiens à vous faire l’inventaire de mes blessures pour que vous vous en rendiez bien compte : j’y ai perdu mon oreille, la couleur de mon pelage châtaigne et mes yeux que cette bonne femme a gentiment réparés.

         Revenons au moment de la rencontre avec Albert (j’ai entendu ce nom sortir de la bouche d’une jeune demoiselle. Malheureusement c’était son dernier souffle…) qui avait cinq ans lors de ce drame. Ce pauvre enfant a perdu la mémoire à la suite d’un bombardement, après avoir reçu la pression de l’explosion d’une bombe qui éclatait tout près. Une femme d’une trentaine d’année, Thea Dunkeltal, nous a ramassés Albert et moi quand le bombardement s’est calmé. Elle nous a emmenés jusque sa maison qu’elle partageait avec Clemens.

         Dans cette maison régnaient de la tension, du mensonge, de la trahison et de la peur. Albert avait l’air de s’y plaire. Je lui ai pourtant répété et répété que cette famille n’était pas la sienne et qu’il était en train de se faire rouler par Thea qui lui racontait des mensonges sur son passé. Il l’acceptait pourtant petit à petit comme mère. Il ne m’a jamais écouté ou alors jamais entendu… Il ne faisait que me raconter des bribes d’histoire incohérentes. Mon oreille gauche à demi rétablie en faisait les frais.

         Du jour au lendemain, nous avons quitté la maison. Les Dunkeltal couraient de ville en ville. Les arbres, les champs, les routes à peine perceptibles dans cette nuit glaciale. Je pouvais lire la peur dans les yeux de Théa et Clemens. Quelle peur ? Je n’en savais toujours rien à ce jour. Ce n’est que par la suite que j’ai appris que Clemens était un criminel et non médecin légal ou en tout cas pratiquant la médecine. Quiconque ne pouvait nous aider, je n’ai jamais su marcher et personne ne pouvait m’entendre. J’étais donc contraint à les suivre.

         Lorsqu’au jour où on apprit la mort de Clemens parti au Mexique chercher un endroit paisible hors de danger. Ne l’aurait-il donc pas trouvé ? Personne ne le saura. La compassion m’envahissait. Albert avait des yeux interrogatifs et triste. Il comprit qu’il ne reverrait jamais son père.

         Par la suite, je fus emmené en Angleterre chez le frère de Théa qui était à notre départ fatiguée, souffrante, mourante. Dans ce pays les bombardements avaient cessé. J’ai un grand souvenir de ce voyage car avant de partir Théa m’avait nettoyé de la tête au pied et m’avait changé les yeux. Je voyais rose. Lorsque Albert (ou Franz-Georg ou Franz, Adam.. appelez-le comme il vous semble, il a eu tellement de prénoms !) me vit, il me regarda un long moment avec, me semblait-t-il, des yeux étincelants dans la lumière, sans dire un mot. Sans en comprendre la cause, je me retrouvai avec un foulard sur les yeux. Je ne voyais plus rien. Le temps me parut une éternité. Ce n’est que cinq ans plus tard qu’il revînt me chercher. C’est là que je repris mon ancienne apparence avec mes yeux de départ.

         Depuis ce jour, Albert ne me donna plus aucune affection. Nous continuions à voyager mais je ne me trouvais plus jamais dans ses bras. Ma place était dans son sac. Il ne faisait que me passer d’une valise à l’autre sans aucune précaution. Je ne le reconnaissais plus.

         Mon dernier pays fut la France. Pendant tout ce temps je ne me retrouvais plus que sur une étagère inconfortable dans la chambre d’Albert. Je devenais un ours en peluche sans aucune esthétique. Un jour « Magnus » me jeta dans un ruisseau après la mort du « frère Jean » je crois.

         Un an plus tard, me voilà là chez vous, à vous raconter mon histoire, ma vie et puis un peu celle d’Albert. Bien sûr je sais que vous ne m’écoutez pas ou ne m’entendez pas mais je garde espoir jusqu’au jour où peut-être quelqu’un m’entendra et qui sait, peut-être en fera-t-il un livre ou une histoire du moins.

         En attendant, « je laisserai passer le temps jusqu’à ce que mon tour vienne ». 

        

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Published by Fabien - dans Sylvie GERMAIN
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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 01:00

Cette couverture pourrait être envisageable pour la prochaine édition du roman car elle présente des aspects importants et symboliques du roman ainsi que l’intrigue dans sa globalité tout en conservant une part de mystère quant à son dénouement. En effet, le chemin qui semble n’aboutir sur nulle part symbolise la quête d’identité du héros tout au long du récit. Concernant la représentation de la tête du héros, deux interprétations sont possibles : l’ombre voilant son visage est semblable à des larmes ce qui indique qu’il a dû faire face à des événements tragiques qui ont laissé des séquelles ; on peut aussi penser qu’il s’agit de barreaux de prison traduisant le fait qu’il reste cloitré dans son passé incomplet et douloureux. De plus aucuns traits de visage ne sont visibles, cette neutralité a pour but de souligner la recherche continuelle qu’il établit sur lui-même …Le dessin du corps est flou avec toujours la même idée que précédemment le héros ne sait pas qui il est exactement … Seuls l’ourson et le titre du roman sont colorés et en orange, couleur qui symbolise l’énergie, une qualité du héros qui est vraiment déterminé. L’ourson accompagne le héros tout au long de l’histoire, il constitue l’unique lien avec sa véritable origine il fait figure d’ange gardien pour celui-ci ainsi il était donc important de le valoriser. Pour finir cette couverture de par les idées qu’elles proposent de mettre en avant pourrait convenir pour la prochaine édition du roman.

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Published by Anaëlle - dans Sylvie GERMAIN
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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 01:00



Ma vie d'ourson commence le jour où on me pose dans la vitrine d'un joli magasin de jouets pour enfants. Je vois tout dans cette vitrine : des gens passent, des gens s'arrêtent, regardent, parfois entrent dans la boutique, mais jamais pour moi. Moi je reste toujours dans cette vitrine. C'est pourquoi le jour où m'en sort, je pense qu'on va me mettre ailleurs mais je me retrouve dans un paquet, sombre, froid, je n'aime pas ça. Quand la lumière revient je vois une petite chose rose qui gazouille et gigote et là, je comprends : c'est lui. Lui que je consolerai quand il sera triste, lui que je regarderai grandir, peu importe la vie qu'il aura : je serai là pour mon petit bonhomme.

Les années s'écoulent tranquillement, sans que je m'en rende vraiment compte, mon bonhomme grandit calmement, il rit tout le temps. Je suis content qu'il ne se soit pas lassé de moi, je suis toujours là.


Je me souviens de ce jour, ce jour où il a arrêté de rire, ce jour où il s'est définitivement renfermé sur lui-même. C'était la nuit, il faisait très noir. Nous sommes dehors. Il y a du rouge, des cris, des gens qui courent dans tous les sens. Mon bonhomme a peur et moi aussi j'ai peur. Et tout d'un coup nous ne sommes plus que tous les deux, Maman est allongée par terre, loin de nous. Mon bonhomme marche parmi les gens paniqués, sans se soucier du rouge autour de lui ou des gens par terre. Il marche et je suis toujours là.


Un bon moment après, il s'arrête, il s'assoit et regarde droit devant lui. Il attend. Puis quelqu'un nous trouve et nous amène dans une maison avec beaucoup d'autres enfants. Et restons là. Jusqu'à ce qu'elle arrive. Je vois bien comment elle regarde mon bonhomme, elle le veut pour elle toute seule. Elle nous emmène. Nous arrivons dans une nouvelle maison. Elle veut qu'il l'appelle maman mais ce n'est pas Maman. Mon bonhomme a tout oublié, il n'a plus que moi d'avant alors elle lui invente un passé, une histoire fausse qu'il apprend comme une leçon, par coeur. Il grandit, il apprend son passé et moi je suis toujours là.


Une nuit de mars. Elle nous amène loin de sa maison, elle a peur. Pendant des heures elle nous traîne derrière elle alors que nous sommes épuisés. Nous avançons dans l'inconnu. Elle demande à mon bonhomme de dire qu'il s'appelle Franz Keller. Elle lui fait apprendre sa petite leçon par coeur et semble se détendre quand il répond correctement. Moi je garde mon nom. Plus tard un homme vient nous chercher chez Elle et nous amène loin très loin, à Londres et moi je suis toujours là.


Les années passent et mon bonhomme a bien grandi, il veut partir. Son choix se porte sur le Mexique. Il tombe amoureux d'une femme qui s'appelle May. Nous la suivons aux Etats-Unis. Nous restons là-bas jusqu'à sa mort puis nous retournons à Londres. Nous y retrouvons une vieille connaissance : Peggy. Ils tombent amoureux et tout se passe bien. Nous sommes heureux. Nous voyageons encore jusqu'à la mort regrettable de Peggy. Il en est anéanti et part s'exiler loin en France comme s’il voulait encore tout recommencer. Je suis abîmé de tous ces voyages mais je suis toujours là.


En France nous rencontrons un étrange personnage : le frère Jean. Il réapprend la vie à mon bonhomme et j'en suis heureux, ça faisait trop longtemps que nous étions seuls. Mais les hommes ne sont pas éternels et frère Jean meurt, nous laissant une nouvelle fois, seuls. Il est épuisé de devoir tout recommencer à chaque fois, il passe sa vie à fuir la mort mais elle le rattrape à chaque fois, mais je suis toujours là.


Après la mort de frère Jean, il décide de repartir mais, cette fois, il ne m'emmène pas avec lui. Il me jette dans un torrent et recommence une nouvelle histoire, seul. Moi aussi je commence une nouvelle histoire car l'eau m’emporte avec elle et elle est éternelle, elle bouge toujours et ne s'arrête jamais. Toute notre vie nous avons été comme l'eau mais nous nous sommes séparés pour vivre chacun notre propre histoire.


Et je ne suis plus là.

 

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Published by Elora - dans Sylvie GERMAIN
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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 02:12


 

La couverture que j'ai choisie pour illustrer le roman Magnus se divise en trois points. Tout d'abord, elle est séparée en deux parties, une noire comme du brouillard très épais, avec les noms des personnages du roman qui font tout pour déstabiliser le héros, qui l'enfoncent de plus en plus dans le brouillard, et une blanche où sont inscrits les noms des personnages qui l'aident, ceux en qui il a confiance, ceux qu'il aime. Ensuite, en haut à gauche se trouvent plusieurs passeports, témoignant de ses différentes identités, entassés d'une façon chronologique . Puis en bas à droite  il y a des bulles de rêves  dans lesquelles sont écrites certaines des questions que se pose Magnus sur lui même, sur son passé ... C'est pourquoi, je trouve cette couverture très explicite.

 

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Published by Julia - dans Sylvie GERMAIN
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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 00:00
 

Une rencontre avec l'auteur : Sylvie Germain



 

 

Journaliste : Bonjour, Sylvie Germain, merci de nous accorder un peu de votre temps en cette période de sortie de votre livre « Magnus ».

 

Sylvie Germain : Merci à vous.

 

J : L'écriture de ce dernier roman a-t-elle été réalisée rapidement ? Votre inspiration vous est-elle venue d'un seul coup ou sous forme de fragments ?

[NDLR : l'histoire est écrite sous formes de fragments]

 

S.G : Cette inspiration m'est venue d'un coup, il y a quelques mois mais sans avoir de but précis. Je ne savais pas tellement où j'allais. L'écriture fut assez lente.

 

J : Cette histoire a-t-elle une dimension autobiographique ou même biographique ?

 

S.G : Non, je n'apprécie pas raconter une part de moi, de ma vie au grand public ; ensuite ce roman n'est qu'une pure fiction malgré la présence de notules pour donner l'illusion de réel.

 

J : Que pensez-vous du cadre spatio-temporel dans lequel évolue le personnage ?

 

S.G : Je pense qu'à travers ses déplacements, le personnage principal Magnus nous montre qu'il est à la recherche de son identité mais qu'il « tâtonne » quelque peu. Il ne sait pas d'où il vient ni où il va : on peut donc dire que le roman est une quête d'identité.

 

J : En particulier lorsque Magnus part à la recherche de son père au Mexique. De plus, avec l'histoire de ... [elle coupe]

 

S.G : Oui en effet ce moment est un des plus importants du récit, il traduit assez bien les quêtes de Magnus sur son identité et ses émotions. C'est un peu le début de son histoire, et pas celle façonnée par les mensonges racontés par sa « famille » auparavant... Mais n'en dévoilons pas trop !!!

 

J : D'où vient ce nom Magnus ?

 

S.G : En fait je ne l'ai trouvé qu'après avoir écrit le roman. Grâce à un indice que vous trouverez après lecture du livre. [NDLR : Cela a rapport avec une lettre.]

 

J : Pourquoi avoir choisi l'Allemagne nazie en toile de fond ?

 

S.G : L 'Allemagne nazie, et plus globalement la guerre 39-45, est une « chose » dont on ne parle pas assez. Les horreurs causées par celle-ci sont restées tabous pour certains. Moi et ma génération sommes descendants directs de personnes ayant vécu la guerre. Voilà pourquoi j'ai décidé que ce serait ce cadre.

 

J : Très bien, merci d'avoir répondu à mes questions avec sincérité. J'espère un grand succès pour ce livre qui est très bien, parfaitement écrit et original. Peut-être même un futur prix Goncourt des lycéens !

 

S.G : Merci, nous verrons bien !



 
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Published by Antoine - dans Sylvie GERMAIN
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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 05:56

J'ai choisi d'insérer dans le roman un poème bien connu, il s'agit de celui de Rudyard Kipling : Tu seras un homme mon fils. Le voici dans son intégralité :

 

 

 

Tu seras un homme, mon fils.


Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et, sans dire un seul mot te remettre à bâtir
Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir.

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre.

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter les sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot.

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi.

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître
Penser, sans n'être qu'un penseur.

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant.

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front.
Si tu peux conserver ton courage et ta tête,
Quand tous les autres la perdront.

Alors, les rois, les dieux, la chance et la victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les rois et la gloire,

Tu seras un homme, mon fils.

Rudyard Kipling

 

 

 

Source image

 

 

 

 

Je trouve ce texte absolument magnifique et je pense qu'il conviendrait parfaitement au roman de Sylvie Germain. Effectivement, il semble par certains vers reprendre l'histoire de Magnus. Ainsi, le premier vers nous rappelle clairement le début de la vie du héros : « Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie Et sans dire un mot te remettre à rebâtir ». Étonnant comme cela renvoie à l'amnésie à laquelle l'enfant doit faire face, particulièrement le fait que Kipling écrive « Et sans dire un mot », sachant qu'à cette époque Magnus parle peu, il préfère écouter et regarder ce monde qu'il redécouvre. Et au fil du poème, on a l'impression de redécouvrir Magnus. Pour cette raison, j'imaginais placer le poème à la fin du roman, juste avant la dernière page, « le Fragment ? ». En effet, à ce moment de l'histoire, le frère Jean vient de mourir et avec lui le guide que Magnus venait de découvrir. Le poème ressemblerait à une sorte d'adieu, un soutien pour porter Magnus vers l'avenir. Le fait que Kipling dise « mon fils » semble rappeler le frère Jean, qui appelait Magnus « fils ». Et cela laisserait penser que le héros n'est pas encore un homme malgré son âge, qu'il lui reste à apprendre dans la vie. De plus, la dernière page - celle qui suivrait mon texte - commence par « Ici commence l'histoire d'un homme qui... », cela s'accorde parfaitement à ce que fait pressentir le poème. En somme, cette œuvre - un peu longue pour une séquence certes... - semble s'insérer facilement dans le roman et lui donner un sens nouveau ; elle porte plus encore le personnage vers l'avenir. Le roman terminerait ainsi sur une note d'espoir.

 

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Published by Anael - dans Sylvie GERMAIN
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Ce blog est un espace de lecture, d'écriture, de création,
autour des romans ayant obtenu le Prix Goncourt des Lycéens ces dernières années.

Il est l'oeuvre des élèves de différentes classes de l'Académie de Rennes
engagés dans l'étude d'un roman d'aujourd'hui :

http://blogs.mollat.com/litterature/files/sylvie-germain.jpg
SYLVIE GERMAIN, Magnus
(Prix Goncourt des Lycéens 2005)



LEONORA MIANO, Contours du jour qui vient
(Prix Goncourt des Lycéens 2006)


PHILIPPE CLAUDEL,
Le rapport de Brodeck
(Prix Goncourt des Lycéens 2007)

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