Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 01:39
        Source image


 


        Cette nuit, j’ai entendu l’ourson Magnus me parler. Cela m’a étonné, car je ne savais pas qu’il se rappelait les cinq premières années de ma vie.

 

        Il m’a dit que je suis né en Allemagne et que mes parents s’appelaient Lara et Oscar Chlarkopf. Le jour de ma naissance, mes parents m’ont offert mon ours Magnus. Ils m’ont expliqué que c’était pour que je ne sois jamais seul, que Magnus serait toujours là pour moi et pour que je  garde toujours un lien avec mes parents car c’est eux qui me l’ont fait. Il m’a expliqué que ma mère était une femme au foyer et que mon père était un médecin, mais un vrai médecin lui, qui soigne et qui aide ses patients : ce n’était pas un médecin comme Clemens Dunkeltal. Je viens d’un milieu aisé et très conservateur. J’ai eu un grand-frère, Tom, qui avait trois ans de plus que moi. Je ne voyais pas beaucoup mon père, mais quand il était là avec moi on jouait ensemble. Je n’avais pas beaucoup d’amis et mon frère n’en avait qu’un, Georg.  Les trois premières années de ma vie ont été magnifiques puisque ma mère était tout le temps avec moi et Tom, elle était là pour nous. Et puis le soir, mon père nous rejoignait et on passait d’agréables moments tous ensemble, et le week-end on se baladait tous, on faisait des jeux en famille.

 

        Mais à un moment, on nous a appris que la guerre allait arriver et cela a terriblement bouleversé mes parents. On passait encore plus de temps qu’avant en famille, mes parents nous faisaient plus de câlins et nous offraient plus de choses. De plus, ils voulaient être présents et pouvoir profiter des derniers instants et des derniers mois de tranquillité, de calme, car on ne savait pas ce qui allait arriver. La guerre commencée, on se cachait tout le temps, et ça l’ourson Magnus n’a pas su me l’expliquer. Il pense que c’est peut-être parce que Lara et Oscar étaient des gentils, c’est-à-dire qu’ils étaient contre la guerre, donc on pouvait les tuer. Un jour, mon frère est parti chercher Georg, car ses parents étaient juifs. Arrivés devant la porte, il y a eu plusieurs coups de fusils. Après, mes parents ont beaucoup pleuré et ils n’arrêtaient pas de me prendre dans leurs bras.

 

        Puis quelque mois plus tard, lorsque nous n’entendions plus de coups de feu, nous sommes sortis. Tout n’était que ruines, et ma mère me tenait la main, et mon père tenait celle de sa femme. D’un seul coup, elle m’a lâché la main. L’ourson Magnus m’a dit qu’il n’avait pas compris pourquoi cela s’était passé ainsi. Et mes parents ont avancé seuls dans le feu, main dans la main. Je voyais la silhouette fine de ma mère s’en aller et celle de mon père aussi. Ils marchaient tous deux et d’un coup ils sont tombés.

 

 

Hambourg - Opération Gommorrah - 1943

Repost 0
Published by Célia - dans Sylvie GERMAIN
commenter cet article
12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 01:21



Cette petite statue de bois est une poupée, mauve et rouge. Le mauve représente son côté doux, réservé, posé alors que sa couleur rouge représente toute la chaleur qui émane d’elle, à travers son visage attractif et sa joie de vivre qui nous parvient lorsqu’on la regarde. La petite statue a une chevelure brune, elle est coquette et elle a de grands yeux pour lui permettre de tout voir, même les plus petits détails chers à la vie, de même son regard n’est pas fixe, montrant toute l’envie qu’elle peut avoir de découvrir le monde. Elle porte du haut de sa tête un panier de céréales, montrant le travail qu’elle fournit pour pouvoir vivre convenablement.

 

Cette petite poupée est posée sur le rebord d’une étagère de ma chambre, entourée de quelques livres ; elle apporte une touche de sérénité et de joie de vivre lorsque je l’aperçois. Mais elle me fait surtout reprendre confiance car cette jolie statue je l’ai rencontrée la première fois, près d’Assouan lors d’un de mes premiers voyages en Egypte. J’étais dans un village très pauvre quand une vieille femme est venu m’aborder pour que je lui achète une de ses poupées ; elle était très âgée et mal en point, je n’avais alors que quatre-vingt centimes dans ma poche, mais pour elle c’était déjà beaucoup. Alors elle m’a tendu cette poupée que j’ai toujours sur moi depuis ce moment. Elle a vécu des moments pénibles, mais cette vieille femme gardait un air digne, et la vente de ses poupées lui permettait d’améliorer son quotidien.

 

La poupée voyage à mes côtés, et est une partie de moi, que j’aime.

Repost 0
Published by Marie - dans Sylvie GERMAIN
commenter cet article
11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 06:22

MAGNUS VU PAR PEGGY

 

   Je suis Peggy et j’ai rencontré Magnus pour la première fois lorsque j’étais jeune, je me souviens très bien de lui car c’était mon tout premier baiser. Il était alors encore un très jeune garçon, je me rappelle qu’il était doux, assez réservé. A travers son visage déjà dur on pouvait distinguer une vie pleine d’embuche, de désespoir, de tristesse, avec une envie surprenante de survivre. Il m’avait touché, rien que par ce qui émanait de lui. Puis j’étais partie, je ne l’ai alors pas revu pendant des années. Je m’étais mariée à un homme que je n’avais jamais aimé jusqu’au jour où je décidai de tout lui avouer, et qu’il mourut, surement par ma faute, de colère et de désespoir. J’avais alors envie de recommencer une nouvelle vie, dans un autre pays, et c’est à ce moment là que j’ai revu Magnus, il me donnait des cours d’allemand. Magnus avait changé, il était beaucoup plus dur qu’autrefois, son visage s’était formé de traits à l’image de sa longue et pénible vie. Il avait tellement souffert, moi aussi. Au début de notre nouvelle rencontre j’étais très distante, et il ne l’avait pas bien accepté, il s’était même pas mis en colère, alors nous nous sommes beaucoup rapprochés jusqu'à ce qu’il soit mon amant. C’était un amant parfait, Magnus était doux et gentil avec moi, comme quand il était jeune. Je l’ai toujours aimé, lui aussi. Je crois que je l’ai rendu heureux pendant un temps, cependant.

 

 

 MAGNUS VU PAR LE FILS CACHE DE CLEMENS DUNKELTAL

 

 Je suis le fils Dunketal, et j’en suis ravi. Mon père avait quitté sa précédente famille pour ma mère et moi. Avant nous, il vivait avec une femme et un fils qui n’était même pas le sien, un petit garçon égoïste, maladroit, qui ne méritait pas plus la vie que ces juifs. Je me rappelle avoir été au zoo avec ma mère, et mon père nous avait rejoint, avec Adam, Magnus, je ne sais plus. Cela m’avait mis dans une grande colère, alors que j’étais encore enfant, lui aussi d’ailleurs. C’était un jeune garçon avec des trait marqués, un regard mauvais, et il ne souriait jamais. Lorsque nous étions au zoo, mon père ne s’est pas occupé de lui, ce qui est tout a fait normal, puisque ce n’était pas son fils, et à ce moment la, il paraissait triste. Il était à part, mais faisait tout pour avoir un peu d’attention. Je ne l’aimais vraiment pas, il ne méritait pas de vivre, et encore moins de côtoyer mon père, cela m’était insupportable. Puis, mon père le quitta, lui et sa mère, se faisant passer pour mort. Alors toute ma colère et toute ma haine envers cette personne se libérèrent.

 



Autoportrait de Francis Bacon


Repost 0
Published by Marie - dans Sylvie GERMAIN
commenter cet article
11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 05:36

Magnus selon Peggy Bell :

 

         La première fois que j’ai vu Magnus il m’avait fait penser à un jeune garçon perdu dans ces rêves, ne sachant pas grand choses de la vie, il avait l’air sympathique. Mais dans son regard j’avais vu de la souffrance, il cherchait quelque chose mais quoi même lui n’avait pas l’air de le savoir. Moi à cette époque  je m’interrogeais sur moi, j’avais dix-sept ans, alors, je me souviens de cette question idiote que je lui avais posée cet après midi d’été :

 

« Est-ce que je suis jolie ? Toi dis-moi franchement comment tu me vois, jolie ou non ? »

 

Il ne m’avait pas répondu, j’avais été vexée, pourquoi ne m’avait il pas répondu, j’avais envie de pleurer, quel abruti celui-là. J’en avais donc conclu qu’il était niais, après tout il n’avait que quinze ans. Mais là, il s’était approché de moi, m’avait pris dans les bras et m’avait embrassé, ceci n’avais pas duré longtemps, mais pendant le peu de temps que ça a duré, la seule envie que j’avais, c’était qu’il continue. Pendant cet instant, je m’étais sentie aimée, jolie, désirable et importante. Mais il m’avait repoussée si fort que mon cœur en avait cessé de battre pendant quelques minutes, ça avait été mon premier baiser, jamais je ne l’ai oublié. Il était parti en courant : ce qu’il avait eu, je ne lui ai jamais demandé.  



Autoportrait de Francis Bacon


 

Magnus selon Clemens Dunkeltal :

 

         Il se souvient très bien de ce soir où il avait chanté Geist der Liebe, un lied de Schubert pour un jeune homme avec son amie. Il avait chanté ceci avec une telle conviction qu’il se souvient encore du succès que cela avait produit dans la salle. Avant de partir, cet homme avait donné au serveur un mot qui lui était destiné, Il se souvient encore mots pour mots ce qu’il y avait d’écrit dessus :

 

 « Vous chantez encore très bien, Docteur Clemens Dunkeltal, pour un homme mort depuis plus de trente années. Il est vrai que vous avez plusieurs voix de rechange : celles d’Otto Keller, de Helmut Schwalbenkopf, de Felipe Gomez Herrera. Et de quelques autres encore, peut être. […] Car il serait dommage, n’est ce pas, qu’un talent aussi grand que le votre demeurât inconnu ?

A très bientôt, donc. »

Ce message l’avait mis dans une colère folle, il l’avait alors réduit en une boulette de papier. Il s’était demandé pendant plusieurs minutes qui avait bien pu le reconnaître. Il était donc parti demander au serveur qui lui avait remis ce mot plein de foutaises. Le serveur lui avait donc révélé que c’était le couple qui lui avait demandé de chanter. Il est donc parti avec Klaus son fils à la recherche de ce couple, c’est là qu’il s’est rendu compte que ça ne pouvait être que Franz Georg, son fils adoptif. Une envie de meurtre l’a pris, personne ne devait savoir la vérité sur lui, il a donc essayé de tuer Magnus et sa copine, mais il n’a jamais su s’ils étaient tous les deux morts. Car il a percuté un poteau avec son fils Klaus.

 

 




Repost 0
10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 05:40

Fragment 15

« Il n’y a pas que l’Histoire […]

beaucoup d’immobilité pour garder l’équilibre »

 

 Musical Death, par Testament





 

       

    Choisir un morceau nommé Musical Death pour un passage où un personnage meurt dans un profond silence peut paraître incongru, mais cette chanson s’adapte bien à l’extrait.

 

            En effet, cette chanson est un instrumental, et comme je viens de le dire ci-dessus, May meurt dans un silence complet. Ce choix de l’auteur n’entrave pas la réception des sentiments. L’émotion qui passe dans les regards de May et Terence est tellement bien décrite que l’absence de mot, murmure ou soupir, en fait un passage magnifique. Il en est de même avec Musical Death. L’émotion que connotent les accords mélancoliques est comparable au regret qu’a May de quitter sa famille, son amant, et sa vie. La simple mélodie composée par Peterson et Skolnick suffit à imaginer les souvenirs communs que cet étrange couple semble mutuellement se compter par le langage visuel.

 

            De plus, la tournure violente que prend le morceau à 2m56 pourrait marquer le passage entre la vie et la mort que May franchit. L’agressivité instrumentale laisse imaginer la mort qui vient chercher May, suivi du retour au calme, tel Térence qui reste seul sur le lit, le visage de sa défunte femme et amie entre ses mains.

 

            En conclusion, ces deux extraits sont émotionnellement proches, par leur absence de parole, leur déchaînement de sentiments et leur impact émotionnel.

Repost 0
Published by Barbara - dans Sylvie GERMAIN
commenter cet article
9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 05:58

Source-image




La nuit était tombée depuis quelques heures déjà, mais l'homme ne dormait pas. Il était étendu sur son lit, silencieux, son regard sombre fixé sur l'ours en peluche posé sur sa table de nuit.


Magnus. Leur nom, à tous les deux. L'homme et l'objet unis par un mot. L'homme contempla un instant les yeux de renoncule de cet unique lien avec son passé. Il ne savait s'il devait considérer cet objet, seule trace de son histoire, comme une relique exceptionnelle ou un fardeau maudit. Comme tous les soirs, Magnus s'interrogea sur son enfance. Avait-il eu des frères, des soeurs ? Vivait-il dans une maison ou dans un immeuble ? Dans quel pays ? Sa mère lui chantait-elle des chansons pour l'endormir, son père le prenait-il sur ses épaules pour partir en promenade ? Tant de détails qui font d'une vie ce qu'elle est. Tant de détails dont Magnus était privé, à jamais. Il se laissa happer par le sommeil pour mettre fin à la mélancolie qui le submergait.


“ Il y avait un lac, près du chalet. Il était beau, brillant comme un miroir lorsqu'il y avait du soleil.”


Magnus ne fut pas surpris d'entendre une voix s'adresser à lui ainsi. Au fond de lui, il connaissait parfaitement ce timbre, ces intonations. Malgré lui, il les avaient presque désirés. Il garda le silence, frémissant intérieurement en attendant la suite.


“Il faisait froid presque tous les jours, même quand le soleil était haut. Alors on devait s'habiller chaudement pour sortir. Il y avait un ponton, mais on n'avait pas le droit d'y aller. C'était trop dangereux de s'y rendre seuls, on devait attendre qu'ils nous tiennent par la main. On trouvait ça dommage. La forêt n'était pas très grande, mais elle était tout près de la maison. Les arbres sentaient bon la résine, mais on était souvent grondés parce que la résine, ça colle aux vêtements. Pour aller jouer sur les souches, il y avait un sentier avec des graviers. Ça faisait du bruit quand tu marchais dessus.”


Magnus avait espéré retrouver ses souvenirs au fur et à mesure du récit, mais ce ne fut pas le cas. Il se contenta donc de savourer avec émotion ce portrait de ce qui avait été son enfance.


“On ne devait pas dépasser les derniers arbres, car il y avait une route. De toute façon, on n'avait pas vraiment envie : la route, le bruit, toute cette herbe à perte de vue, ça nous faisait un peu peur. On était mieux dans notre petite forêt. On s'amusait bien.”


Magnus aurait voulu poser les questions qui le taraudaient depuis tout ce temps : qui étaient ses parents ? Pourquoi être allé en Allemagne ? Quel était son véritable nom ? Mais il n'osait pas interrompre le récit de l'Ourson et continua à boire ses paroles.


“Les adultes étaient gentils. On les trouvait étranges par moments, mais on les aimait. La femme avait des mains douces, elle savait nous consoler. Elle avait une voix agréable, et on se taisait pour écouter. L'homme riait fort, et on aimait qu'il nous prenne dans ses bras : le monde était moins impressionant, on se sentait en sécurité. Ils étaient parfois en colère, par exemple lorsqu'on rentrait sales ou qu'on n'obéissait pas. Quand on allait marcher, tu prenais leurs mains dans les tiennes, alors c'était la femme qui me tenait moi. Et on allait dans la ville, là où il ne fallait pas lâcher la main. Il y avait beaucoup plus de monde, plus de couleurs, des odeurs nouvelles, des choses étranges et attirantes. Mais il ne fallait pas lâcher la main, sinon on était grondés.”


Magnus avait compris que le récit ne lui apporterait sans doute pas d'informations précises. L'étrange narrateur ne nommait rien ni personne, se contentant de décors ou de sensations. Le récit n'en était pas moins intéressant. L'homme était fasciné, même s'il avait l'impression de n'être qu'un spectateur. Ce n'était d'ailleurs pas qu'une impression : cette histoire était celle d'un autre, c'était celle de l'enfant qu'il avait été, l'histoire de cet inconnu qui avait été lui.


“On repartait ensuite dans la maison de bois. La nuit on dormait dans un lit rien que pour nous, dans la chambre à côté de celle des adultes. On aimait entendre la pluie lorsqu'on était dans notre lit. C'était agréable. Parfois on allait voir d'autres enfants. Ils jouaient avec nous, on jouait avec eux. Mais on aimait pas toujours ça : seulement nous deux dans notre forêt, c'était mieux. Lorsque l'homme était là, on allait le matin sur le ponton. On avait le droit d'y aller, puisque qu'il était avec nous. On essayait d'attraper des poissons, mais c'était ennuyeux d'attendre. Il ne fallait pas faire de bruit, sinon on était grondés. Quand le poisson était remonté, c'était à la fois drôle et très triste. Un peu effrayant aussi. Il bougeait pour retourner dans l'eau, il nous regardait avec ses drôles de yeux. On voulait le remettre dans le lac, mais les autres ne voulaient pas. Ça nous rendait malheureux.”


Tant d'anecdotes sur son enfance troublèrent Magnus. Il tentait de s'approprier ces souvenirs énoncés d'une voix légère et enfantine, sans succès.


“Puis la femme nous a demandé de venir avec elle. Pour revoir des gens qu'elle aimait, et nous présenter à eux. On a bien voulu, évidemment : on l'aimait beaucoup. Alors elle a pris des vêtements pour nous, et on est parti. L'homme est resté, pour garder la maison. Ça a été très long, mais aussi amusant : on a vu des gens nouveaux qu'on ne comprenait pas, on a vu des paysages très différents du lac du chalet et de la petit forêt. Et nous sommes arrivés chez les gens que la femme voulait voir. Ils étaient vieux, avec la peau toute fripée. Ils ne bougeaient pas beaucoup, et nous parlaient très souvent. Le problème, c'est qu'on ne comprenait pas ce qu'ils disaient. La femme parlait aussi cette langue bizarre avec eux, et ça nous faisait peur. Mais sa voix était toujours aussi belle, alors on l'aimait toujours.”

L'homme frémit. Il approchait de la fin de l'histoire. Ou plutôt du début. Ainsi, cette femme et son enfant ( Magnus avait du mal à penser que cet enfant et lui ne faisaient qu'un ) s'étaient rendus chez leur famille, en Allemagne de toute évidence. Magnus laissa l'Ourson achever son funeste récit :


“Une nuit il y a eu un grand bruit. On a eu peur, la femme est venue nous réconforter, comme à chaque fois. Seulement ce soir là ne fut pas comme les autres : la femme nous a fait sortir, alors qu'on était pas habillés pour aller dehors. Mais ce n'était pas grave, car tous les autres gens faisaient ça aussi. Tout le monde a quitté la maison, en criant des choses qu'on ne comprenait pas. Le ciel était noir, il y avait beaucoup de bruit. La femme a dit de ne pas lâcher la main.”


La voix stoppa son récit à cet endroit, marquant une pose. Magnus revoyait les bâtiments en morceaux, les visages noircis, la femme danser avec le feu. Il entendait de nouveau les hurlements, les pleurs et les cris. Il pouvait encore sentir l'odeur âcre du sang et celle, atroce, de la chair brûlée. Absorbé par ce cauchemar de réminiscences, il entendit à peine les derniers mots prononcés par l'Ourson :


“Tu connais la suite.”


Magnus ouvrit les yeux. Le soleil s'était levé, il n'avait pas tiré ses rideaux la veille. Tremblant, le front emperlé de sueur, il se redressa sur son lit. Par réflexe, il lança un regard vers sa table de nuit, vers l'Ourson Magnus.


“Tu connais la suite.” Magnus hocha la tête. Il connaissait la suite.


Repost 0
Published by Cécile - dans Sylvie GERMAIN
commenter cet article
8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 05:33

Extrait p 237

“Il a beau réfléchir” jusqu’à la fin du fragment 

 

         J’ai choisi Fade to black, de Metallica pour illustrer le passage où Magnus essaie de retrouver son nom, et tombe dans un tourbillon de souvenirs, submergé par des vagues de sentiments. Il est vrai que l’introduction de cette chanson est calme et simple, comme la question que frère Jean pose à Magnus : «  On m’appelle frère Jean, et toi ? ». Ne plus savoir la réponse l’agace, l‘énerve, l’horripile puis l’obsède. La quête de son nom devient une vraie obsession, et la colère et l’angoisse qu’il ressent se font de plus en plus grandes, telle l’émotion que nous transmettent les guitares de Kirk Hammet et James Hetfield. Cette impression de crescendo poignante immanent des riffs, et se terminant sur un solo saisissant est à cet extrait musical ce que la transe et l’effort de mémoire sont à Magnus.


         En second lieu, les paroles de la chanson rappellent l’état d’esprit de notre héros : « Getting lost within myself » (Je me perds en moi-même) rappelle le constant manque qu’a Magnus de ne pas savoir qui il est. Il cherche dans l’extrait à combler son vide intérieur : « cet oubli qui perdure le consterne ». Le vers « Missing one inside of me » (J'ai perdu quelqu'un au fond de moi) pourrait être attribué à la perte de tous ces êtres chers, qui ont sûrement provoqué son isolement, donc l’oubli de son nom, ou encore associé à sa frustration d’avoir perdu les 5 premières années de sa vie. Mais ce n’est pas tout : « Emptiness is filing me, To the point of agony » (Submergé par le néant, Au comble de l'agonie) est aussi une description des sentiments de Magnus. L’homme est dans le noir, le néant, il est pris de sueurs froides, il titube, presque agonisant.


         C’est pourquoi, la magnifique Fade To Black s’adapte a ce passage de perdition, puis de soulagement de retrouvailles avec soi-même.






Repost 0
Published by Barbara - dans Sylvie GERMAIN
commenter cet article
7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 05:49

 Ephéméride

AHARON APPELFELD



-          né le 16.02.1932 à Jadova en Roumanie. Enfant de juifs, il vit une enfance heureuse auprès d’une mère tendre et d’un père souvent absent. Sa mère est tuée en 1940, il est ensuite séparé de son père et il a été placé dans un camp à la frontière ukrainienne en 1941.


-          1942 : il arrive à s’échapper et doit se cacher dans les forêts d’Ukraine auprès de nombreux marginaux. Il trouve refuge pour l’hiver chez des paysans qui lui offrent un abri en échange de travail. Il est obligé de cacher ses origines juives.


-          1945-1946 : Il est ensuite recueilli par l’armée rouge. Avec un groupe d’adolescents il traverse l’Europe pendant plusieurs mois pour s’embarquer clandestinement pour la Palestine où il y arrive en 1946. Il est pris en charge par l’Alyat Haonar et se retrouve dans un camp de jeunesse et ensuite dans une école agricole.


-          1949 :  il passe son service militaire.


-          1952-1956 : Il est diplômé à l’université hébraïque de jérusalem et il parle l’allemand, le yiddish et l’hébreu.


-          Fin des années 1950 il commence à écrire de la littérature en hébreu (qui est sa langue maternelle adoptive). Il a beaucoup enseigné la littérature.


-          Aujourd’hui, Aharon Appelfeld est devenu l’un des plus grands écrivains juifs de notre temps. Il a publié une trentaine de livres. Ce sont principalement des recueils de nouvelles et des romans. La plus grande partie de ses écrits parlent de la population juive et de la seconde guerre mondiale. Appelfeld a été influencé par des écrivains comme Kafka, Proust, Tchekhov mais c’est surtout la bible qui l’a inspiré.


-          Ses principales œuvres :

-          1962 : fumée, Ashan, (nouvelles).

-          1968 : Au-rez-de-chaussée, Be-Komat Ha-Karka, (nouvelles).

-          1971 : La robe et la peau ,Ha-Or Ve-Ha-Kutonet, (roman).

-          1975 : Cent témoins, Ke-Meah Edim, (recueil de nouvelles).

-          1978 : Le temps des prodiges ,Tor Ha-Plaot, (roman).

-          1983 : Tsili, Tzili : Sipur Haim, (roman).

-          1995 : Perdu, Timion.

-          2006 : L’Amour, soudain, Pitom ahabah Points.

-          2008 : La chambre de Mariana.

                                                       


 Source




   J’ai choisi de faire la bibliographie d’Aharon Appelfeld car avant que le roman ne commence il est écrit un poème de lui, alors j’ai pensé que si Sylvie Germain avait décidé de mettre un de ses poèmes, c’était parce que Appelfeld devait être quelqu'un que nous, lecteurs, devions connaître avant de commencer le roman. Elle s’est peut-être inspirée de l’un de ses romans pour écrire Magnus. Il est vrai qu’il y a une page vide après le poème et sa bibliographie aurait pu se trouver là. Le roman aurait commencé par une notule. Pour faire la bibliographie j’ai essayé de m’inspirer de celle de Dietrich Bonhoeffer qui est dans le roman (page 179). Pour finir, j’ai trouvé important de mieux connaître cet écrivain (Aharon Appelfeld) qui a connu cette époque qui est la seconde guerre mondiale et qui en parle aussi dans ses romans.  


Repost 0
6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 04:12









Flash Back de Magnus page 88 :

        J'ai choisi la fin de In the Flesh? et The Thin Ice des Pink Floyd pour illustrer ce passage. Ces 2 chansons s'enchaînent parfaitement avec le son d'un bombardier et les pleurs d'un bébé. Cette suite musicale s'adapte exactement au passage du bombardement. En effet, l'étrange similitude de ces 2 oeuvres est troublante : Sylvie Germain semble avoir dompté sur le papier les percussions de Nick Mason les désignant par " un orchestre fou qui joue dans le ciel, il joue avec des instrument d'acier et de feu". Magnus est encore très jeune quand sa ville natale est bombardée, et les pleurs qui marquent le début de The Thin Ice résonnent en échos aux siens. La voix mélancolique de Roger Waters rappelle le désespoir de tous les habitants de la ville, racontant leur tristesse. Les riffs de David Gilmour paressent leur répondrent, tel les flammes qui déchirent la ville.

        De plus, The Thin Ice (La « fine glace ») est une métaphore de la fragile innocence qui dure tant qu'on ne peut comprendre le monde autour de nous. C'est exactement le cas de l'enfant Magnus, qui ne comprend pas la signification de cette désolation. Elle évoque également les séquelles psychologiques de la guerre, sur les soldats, mais aussi sur la génération suivante, ces enfants qui doivent porter le poids de cette guerre, comme l'indique les vers « Traînant derrière toi les reproches muets d'un million d'yeux larmoyants » (Dragging behind you the silent reproach of a million tear-stained eyes).

         Finalement, ces 2 extraits sont comme la bande son qui se compose mentalement au fil de la lecture de ce passage.

Repost 0
Published by Barbara - dans Sylvie GERMAIN
commenter cet article
5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 04:07

Source image




« Tu est né un 4 juillet 1938, dans une petite ville haut nord de Hambourg. »


Tout d'abord je ne compris pas ce qui m'arrivait, mais je me rendis vite compte de la situation : mon ourson, ce fidèle Magnus, témoin de mes cinq premières années! C'était lui qui me parlait ! Il continuait imperturbable :


« Ton père s'appelait Auguste Raubuch, un honnête citoyen Allemand, contre les idées nazies d'Adolf Hitler, il était capitaine dans la marine marchande; ta mère, Ellenna Raubuch, une jeune femme extravertie, très belle, toujours souriante, elle s'occupait de ton grand frère et de toi ».


« Et moi comment mes parents m'avait-ils nommé à ma naissance? »


J'essayais de lui retirer des informations sur mon passé mais l'ourson continuait comme si il ne m'avait pas entendu :


« Ton frère était un brillant étudiant en littérature, mort ce soir de 1942 lors du bombardement des Alliés à Hambourg même ».


Et c'est le moment que choisit la femme de chambre de l'hotel dans lequelle je dormais pour venir me reveiller :


« Monsieur je suis désolé, mais vous aviez bien précisé que je devais impérativement vous réveiller avant midi ! ».


Je grommelai et elle comprit vite que je n'étais pas de très bonne humeur.


Ma journée passa à un rythme impressionant et je partis me coucher de bonne heure, en espérant que je reverrais mon ourson pendant la nuit. Et en effet, aux alentours de minuit, il revint, toujours avec cette voix où n'apparaissait pas l'ombre d'une émotion :


« Tes parents étaient des gens aimants, entourés d'amis en tout genre, qui ne te voulaient que du bien. Pendant la montée du nazisme en Allemagne, tes parents, en particulier ton père se sont fortement inquiétés. Ils pensaient déménager en Italie, car le pays était plus sûr, avant que survienne cette nuit sinistre et ce bombardement impitoyable... »


« Et moi quel était mon nom? »


Le diabolique ourson ne m'écoutait toujours pas! Je commençais à perdre patience :


« Tu vas me dire ! Magnus, par pitié ! Je cherche mon identité depuis si longtemps ! »


Et j'entendis à ce moment là la phrase qui me hantait :


« Toi, tu étais Joshua Raubuch, un nourrisson sans importance, aimé plus que de raison, sauvé par sa mère lors du bombardement de Hambourg ».


Mon coeur se mit à battre à une vitesse impressionnante, et je me réveillais tout transpirant , dans les draps collants de cette hôtel miteux.


« Joshua Raubuch, Joshua Raubuch... »


Je me répétais cela des heures durant, avec à mes lèvres un petit sourire en coin...

Repost 0
Published by Jean- Loup - dans Sylvie GERMAIN
commenter cet article

Accueil

Ce blog est un espace de lecture, d'écriture, de création,
autour des romans ayant obtenu le Prix Goncourt des Lycéens ces dernières années.

Il est l'oeuvre des élèves de différentes classes de l'Académie de Rennes
engagés dans l'étude d'un roman d'aujourd'hui :

http://blogs.mollat.com/litterature/files/sylvie-germain.jpg
SYLVIE GERMAIN, Magnus
(Prix Goncourt des Lycéens 2005)



LEONORA MIANO, Contours du jour qui vient
(Prix Goncourt des Lycéens 2006)


PHILIPPE CLAUDEL,
Le rapport de Brodeck
(Prix Goncourt des Lycéens 2007)

Liens